Ce beau texte de Marion Hendrickx, psychiatre, est tiré d’une conférence prononcée en 2012 ; il nous a semblé résonner avec l’actualité récente de manière utile. Elle est l’auteur de Petit traité d’horreur fantastique à l’usage des adultes qui soignent des ados, Eres, 2012.

Cet été [2012], le 20 juillet, un jeune homme de 24 ans, James Holmes, est entré dans un cinéma d’Aurora, dans le Colorado, pendant la projection du dernier opus de Batman, Dark Knight rises, de Christopher Nolan.

Il a tué 12 personnes, en a blessé environ 70. Vertigineux chiffre.

James Holmes était un étudiant brillant, inscrit en doctorat de neurosciences. Il étudiait les origines biologiques des troubles neurologiques et psychiatriques. Le jeune homme n’avait pas de casier judiciaire, juste une contravention routière.

Il a emporté quatre armes au cinéma d’Aurora : deux pistolets semi-automatiques, un fusil d’assaut et un fusil de chasse. Il avait acheté légalement plus de 6.000 balles et cartouches sur Internet, et avait méthodiquement piégé son appartement que des équipes de démineurs ont mis plusieurs heures à sécuriser.

Devant cet événement surréaliste d’Aurora, les médias s’interrogent : pas de revendication terroriste ou politique, pas de fanatisme religieux, rien. Que voulait-il ? Pas de logique. Juste une haine et une violence, que le monde ne comprend pas, ou dont il ne veut pas connaître l’origine. Et un journal français (Marianne), titre : « Sa fascination pour le monde fantasmagorique de Batman aura eu raison de la santé mentale d’un brillant étudiant en neurosciences ».

Vraiment ?

Il est vrai que les autorités ont trouvé un masque de Batman dans son appartement ainsi qu’une affiche. Comme un ado sur deux. Comme moi d’ailleurs à 15 ans.

Mais le suspect se serait identifié comme «Le Joker» après son arrestation, il avait les cheveux teints depuis peu d’une couleur bariolée, comme l’ennemi juré de Batman. Alors peut être, effectivement, que ce jeune homme nourri comme tous les adolescents de son époque par les comics, les films d’actions, le hard rock, mais aussi par tous ces faits divers, Columbine en tête, qui nourrissent l’imaginaire américain, a sombré dans la folie. Mais qui influence qui, dans cette horreur ? Cherchez des responsables… au risque d’ailleurs d’une chasse aux sorcières.

A peine quatre jours après la tuerie, une action au civil est intentée par une des victimes contre… Warner Bros, le distributeur du film.

Et c’est là que je me questionne. C’est là que la réalité dépasse la fiction. Cette fusillade, on le voit bien, a touché l’Amérique, mais elle n’a pas relancé le débat sur le port d’armes à feu à quelques mois des élections américaines. Ce n‘est pas non plus la question de la dangerosité des patients souffrant de troubles mentaux qui a été soulevée (débat que la France affectionne souvent…). Ce qui a choqué l’opinion, c’est l’abolition de la frontière entre la fiction et la réalité. La tuerie était dans la salle, et non sur l’écran du film, et ici, on pense à Scream 2 dont le scénario était basé sur cette idée. Et si cette réalité dramatique est tellement cinématographique, c’est sans doute que la fiction l’a induite. Et l’on vient condamner Warner Bros, tout en continuant d’inonder le marché d’armes à feu. Que chacun prenne donc ses responsabilités…

Un débat ancien.

Le débat de l’implication de la fiction dans ces faits divers ne date pas d’hier. En 1999, Stephen King, un des plus grands auteurs d’horreur fantastique, dont la majorité des romans a été transposée au cinéma, réagit dans une conférence un mois après le fameux massacre du lycée de Columbine, où deux adolescents ont tué treize personnes avant de se suicider.

Stephen King a écrit lui même au moins trois romans mettant en scène des adolescents meurtriers : Carrie en 1974, Rage en 1977, et Un élève doué en 1982. Il se pose la douloureuse question de son implication dans ces tueries, car ces tueries, il les a décrites avec minutie dans ses romans. Il s’est mis dans la peau de ces tueurs.

Dans Carrie, une jeune fille, souffre-douleur de son lycée, finit par massacrer ses camarades de classe au cours du bal de promo, après qu’un dernier tour malsain l’a à nouveau ridiculisée. Dans Rage, Charlie Decker apporte un pistolet à l’école, descend froidement un professeur, et tient alors en otage sa classe d’algèbre jusqu’à ce qu’il se fasse tuer par les forces de l’ordre. Dans ces deux romans, tuer devient la seule manière de résister aux brimades, la seule manière d’exprimer une souffrance indicible autrement, la seule manière d’exister.

Des histoires qui résonnent avec des faits divers. Quand en décembre 1997, un garçon de 14 ans, Carneal, tue trois jeunes filles ans son lycée du Kentucky, le roman Rage est retrouvé dans son casier. Stephen King demande alors à son éditeur de retirer de la vente son roman. Je le cite :

Il y a des éléments dans le cas de Carneal qui rendent douteux que Rage ait été le facteur déclenchant. (…) Mais je sais aussi qu’un roman tel que Rage peut agir en tant que catalyseur sur un esprit troublé ; on ne peut que faire le lien entre la présence de mon livre dans le casier de cet enfant et ce qu’il a fait. (…) Opposer la « liberté d’expression » à un lien si évident (ou suggérer que d’autres adolescents puissent y obtenir une catharsis qui leur permettrait de jouer avec l’horreur seulement dans leurs imaginations) me semble immoral. Que de tels histoires ou jeux vidéo (…) existent et existeront toujours quoi qu’il arrive – qu’il soit possible de se les procurer légalement ou illégalement – résout la question. Le fait est que je ne veux pas faire partie de cela. Une fois que j’ai su ce qui s’était produit, j’ai activé le siège éjectable. (…) J’ai retiré Rage, et j’ai l’ai fait avec plus de soulagement que de regrets. Pourtant, si vous deviez me demander si l’existence de personnes potentiellement instables ou meurtrières rend immoral le fait d’écrire un roman ou faire un film dans lequel la violence joue un rôle, je répondrais : non, absolument pas. Dans la plupart des cas, je n’ai aucune sympathie avec un tel raisonnement. Je le rejette, car il me semble que c’est faux, tant sur le plan intellectuel que moral. Que cela vous plaise ou non, la violence fait partie de la vie et en particulier de la vie américaine. Si je suis accusé de faire partie du problème, ma réponse sera la réponse du journaliste : « Hé, les gars, je ne fais pas les news, je les rapporte juste.»  J’écris de la fiction, mais je m’inspire du monde que je vois. Si cela fait parfois mal, c’est parce que la vérité est souvent douloureuse.» [traduction de l’auteur]

Il me semble que le positionnement de King est particulièrement juste. Il ne fuit pas la responsabilité de ses histoires dans ces drames, tout en renvoyant, à un autre moment de sa conférence, à la question de l’accessibilité des armes à feu. Il a fondamentalement raison quand il dit que les récits d’horreur et de violence existeront quoi qu’il arrive, car ces récits existent depuis la nuit des temps. Caïn a tué son frère Abel… par jalousie, par souffrance de ne pas se sentir aimé. Comme les ados de Columbine ou du Kentucky, décrits comme des souffre-douleurs, exclus et raillés.

Fiction et informations.

D’autres arguments visant le cinéma concernent la valeur positive qu’il donnerait à la violence, à la différence des actualités et documentaires par exemple, dont on ne peut pas nier le caractère pourtant choquant. C’est probablement à la fois faux et vrai.

Faux, parce qu’on sait aussi que les médias de l’information ont une influence sur cette banalisation de la violence, sur la médiatisation de leurs auteurs et sur la création d’un sentiment d’insécurité. Les faits divers laissent leurs traces dans l’inconscient collectif et par exemple les adolescents de Columbine collectionnaient les articles sur l’attaque terroriste d’Oklahoma en 1995 et sur le siège de Waco en 1993. Faux, donc, parce qu’on sait qu’être exposé régulièrement à des images de violence, qu’elles soient fictionnelles ou réelles, induit un effet d’habituation menant à une insensibilisation. Il s’agit d’un conditionnement qui, par sa répétition, conduit à trouver normales des situations censées pourtant maintenir l’organisme en alerte. En ce sens, l’hypermédiatisation est tout autant fautive que la fiction.

Mais il est vrai aussi que le cinéma peut donner une valeur positive à la violence. Vrai parce qu’un certain nombre de fictions montrent des héros banalisant le meurtre (ou le recours à la torture) pour arriver à leurs fins, fins qui peuvent aller de sauver une jeune fille à forte poitrine à éviter une explosion nucléaire dans une grande ville. Vrai parce que ça doit être « cool » d’être un parrain de la mafia, un espion ayant le permis de tuer ou un explorateur intergalactique possédant un fusil désintégrateur à neutrons…

Je ne pense pas pourtant que cette violence magnifiée appartienne spécifiquement à notre société contemporaine. Pensez aux jeunes qui partent en 1914 pour la plus grande boucherie de tous les temps la fleur au fusil. A ces rêves surréalistes de gloire et de champs de bataille. A ces stupides duels à l’épée ou au pistolet pour une blessure d’honneur, qui souvent n’était qu’une orgueilleuse peur du ridicule. Certes, vous me direz, ces comportements étaient sous-tendus par un idéalisme porté par la société, porté par des histoires racontées autour du feu. « Devenir un héros ! Et que l’on compte mes hauts faits dans des chansons de geste !».

Est ce si différents de ce qui fait la une de nos journaux ?

Oui, il y a des différences : la violence a probablement la même origine, et c’est la même tranche d’âge qui est atteinte, car ne l’oubliez pas, les soldats ou aspirants mousquetaires d’autrefois sont les ados d’aujourd’hui… ; mais le contexte est différent : nous sommes dans une société qui a modifié ses repères par rapport à plusieurs points fondamentaux.

Premièrement, nos adolescents sont responsabilisés beaucoup plus tard, car économiquement dépendants plus longtemps. Ils restent plus longtemps à la maison, et ce n’est pas sans conséquences… Nos adolescents sont confrontés à la réalité, aux responsabilités professionnelles, parentales, civiques beaucoup plus tard, et peuvent continuer à être bercés par des rêves, par un monde de fiction et de jeux, bien plus longtemps qu’auparavant.

Le deuxième point concerne l’idéal, qu’il soit patriotique, professionnel ou religieux, et le troisième est le rapport à la mort. Il me semble que les deux (idéal et mort) ont avoir avec ce que l’on peut appeler le sacré, sans que ce mot sacré soit forcément connoté religieusement.

L’idéal.

J’enfonce probablement des portes ouvertes en disant que notre société est en mal d’idéaux, ce qui ne veut pas dire qu’elle n’en a plus. La mère Patrie n’exalte plus personne, le travail, quand il existe, ne suffit plus à s’accomplir, et ne parlons pas de la religion… Finalement, le rêve de la chanson de Lennon « Imagine » a presque fini par s’accomplir, et cela ne résout rien. Sans doute parce que la violence n’a besoin que de prétextes, et qu’elle en trouvera toujours…

Il ne s’agit pas ici, bien sûr, d’idéaliser un passé qui serait forcément meilleur. Non, mais simplement de constater des changements, rapides qui plus est, et d’en comprendre les conséquences psychologiques pour une société.

L’idéal actuel est probablement la popularité ou la célébrité. Dans un monde d’images et de communications à grande vitesse, il faut être vu et connu pour exister. Et tuer est un moyen efficace d’avoir son nom en tête des résultats de recherche sur Google. Luka Rocco Magnotta, tristement célèbre pour le meurtre au pic à glace de son ami chinois, avait mis sur le net la vidéo du meurtre, agrémentée de la bande originale du film American Psycho.…

Donc comme idéal, être populaire, avoir des amis sur Facebook, être suivi sur Twitter… avec aussi comme revers, pour ceux qui peinent à s’intégrer dans ce monde tant numérique que réel, la vitrine idyllique de la vie des autres, renforçant finalement le sentiment d’exclusion et d’injustice des laissés-pour-compte. Et qui fait naître envie et colère.

La mort.

L’autre changement majeur est le rapport à la mort. Nous avons éliminé la mort. Ou tout au moins une certaine conception de la mort. Pour un adolescent (et ici, je caricature à peine…), on ne meurt pas. On devient vieux. Et on devient vieux longtemps. Et ce n’est plus la mort qui est crainte, mais une longue déchéance. La mort appartient aux médecins et aux hôpitaux.

Et l’on peut vivre sans jamais voir de cadavre, ni en veiller un, ni même se recueillir sur une tombe. Dans le même sens, on disperse des cendres, pour retourner à « Mère Nature », dit-on. Mais aussi parfois pour éviter une sépulture qui rendrait trop concrète cette mort. Et l’inéluctable de notre condition humaine devient aussi irréel et fictionnel que la présence du croque mitaine. Un jour, peut être, la mort viendra…

Et pourtant, si, les adolescents rendent présente dans leur monde la mort. Pas n’importe quelle mort. Une mort violente, sanguinolente, répétitive parfois jusqu’à l’écœurement. Une mort où le corps est mis en scène avec soin, parfois même avec esthétisme, corps douloureux, tordu, éviscéré, découpé, électrocuté, dévoré, explosé. Mort dont ils s’identifient alternativement au pourvoyeur, comme dans ces jeux vidéos type Dooms, ou à la victime. Mais une mort parfois réversible, état transitoire, qui n’attend qu’une remise à zéro pour recommencer.

Le sacré.

Je disais tout à l’heure que tout ceci rejoignait la notion de sacré. Le sacré, c’est ce qui est protégé par des interdits reconnus par une société. Le mot sacré vient du latin et signifie « séparé », c’est à dire qu’il est toujours assorti d’une notion de limites et d’interdiction. La première manifestation de la notion de sacré dans l’histoire des hommes a bien entendu été liée à l’au-delà. Quelles sont donc ces frontières, entre la vie et la mort, entre le terrestre et le divin? Quels en sont les rites qui les bordent et les abordent… et qui ont souvent été des rites violents, des sacrifices bestiaux, voire humains, et qui restent bien présents dans le christianisme, dans le pain et le vin, c’est à dire le sacrifice du corps et du sang d’un Dieu-homme qui viendrait réconcilier ciel et terre. La présence de la violence dans les rites de passage, même par exemple dans les bizutages, vient s’articuler à la présence de l’interdit. Interdit qui, transgressé, induit punition. Interdit qui délimite les tabous, fondateurs des civilisations.

Il reste peu de sacré dans notre société. Quels sont les rites de passage encore présents ? Qu’est ce qui vient marquer le passage de l’enfance à l’âge adulte ? Qu’est ce qui vient marquer le passage de la vie à la mort ? Qu’est ce qui vient marquer la séparation d’entre mon corps sexué et le monde ? La mort n’est plus sacrée. Comme le corps, la science l’a désacralisée, et tente d’en repousser les limites. Le sexe l’est de moins en moins. Il reste peut-être une conception sacrée de l’enfance et une toute nouvelle conception (nouvelle s’entend à l’échelle de l’humanité…) du caractère sacré de la liberté individuelle.

Peut être trouvez vous que je m’égare, que je m’éloigne du cinéma. Non. Cette notion de sacré me permet au contraire de revenir au cinéma, et aux histoires dans lesquelles baignent nos ados.

Que regardent nos jeunes ados ?

Si l’on prend le Top 20 des films hollywoodiens ayant rapporté le plus d’argent (et je peux enlever hollywoodiens…), on constate qu’ils sont récents et ciblent en général les adolescents,

Avatar; Titanic ; 2 épisodes de Pirates des Caraïbes ; 5 épisodes de Harry Potter, 3 épisodes du Seigneur des anneaux, 2 des récents sequels-prequels de la Guerre des Étoiles ; le Batman de Nolan, The Dark Knight ; Jurassic Park ; et Spider-Man 3. Enfin, on trouve trois films plutôt pour enfants en images de synthèse : Trouver Némo, Shrek II et l’Age de Glace.

On peut constater que tous ces films sont des films fantastiques ou de science-fiction, mis à part Titanic. Que la plupart ont un bodycount vertigineux (mis à part les films en images de synthèse !) et que la plupart mettent en scène des orphelins (Spiderman, Batman, Harry Potter, Starwars, et même Némo…) et/ou des adultes défaillants (Avatar, Titanic, Jurassic Park…). Enfin, dans une majorité de ces films, de Harry Potter à Batman, d’Avatar à Titanic, et même dans Pirates des Caraïbes, le héros accepte de donner sa réputation ou sa vie pour sauver autrui. Le sacrifice par excellence. Et dans sacrifice, il y a le mot sacré. Le sacrifice, c’est ce qui rétablit le sacré, l’interdit, la limite.

J’ai vu l’ensemble des films de cette liste, sans connaître cette liste, d’ailleurs. Il faut croire que je fais partie de mon temps… Je sais que la plupart des gens, des profs, des parents soupireront à l’évocation de cette liste. Oui, Ben-hur et Autant en emporte le vent ont disparu du top 20, mais on ne me fera jamais croire qu’il y a eu une époque ou les gamins de 14 ans regardaient en boucle Autant en emporte le vent. Sont-ils violents ? Certains oui, peut-être. Il y a pire. D’American History X à Kill Bill, (et encore), de Tueurs nés à Orange mécanique, du Silence des Agneaux à Reservoir dogs. De grands films, qui ont marqué l’histoire du cinéma, qui le méritent, et qui sont autrement plus violents que ce que regardent majoritairement nos ados. Il y en a d’autres, des films, qui sont insoutenables à regarder, et qui probablement ne viennent qu’interroger notre sadisme. Et je ne comprends pas ces films, qui me filent la nausée. Et je ne pense pas que ce soit les films qui concernent notre propos aujourd’hui, car ce sont des films peu regardés par nos ados. Je suis peut-être naïve… mais Cannibal Holocaust  et  Ichi the Killer  ne sont que des exceptions, qui, s’ils sont visionnés par des jeunes, le sont surtout à but d’épreuve et de rite de passage : «  t’es pas capable ! » Cette liste de 20 films me paraît finalement plutôt hautement rassurante… Je vais m’expliquer…

L’adolescence.

Mais avant cela, je vais m’intéresser à ce qui se passe à l’adolescence. J’ai coutume de dire que l’adolescence est en elle-même bien pire que la plupart des films d’horreur. Et peut-être que cela nécessite d’être explicité. Beaucoup de parents me disent : « comment ça, c’est difficile ce qu’il vit ? Il a tout. Il fait ce qu’il veut. » Mais voilà, les difficultés adolescentes ne sont pas celles des adultes. Ce n’est pas une difficulté consciente. Ce n’est pas une difficulté qui concerne l’ « avoir». C’est une difficulté à « être », posé en équilibre instable entre l’enfance et l’âge adulte. Difficulté que nous tentons vite d’oublier une fois que nous avons traversé le miroir.

L’adolescent se demande donc avec angoisse qui il est. Imaginez, il est tranquillement en train de grandir. Il habite à peu près le même corps depuis l’âge de quatre ans qui, certes, grandit, mais ne change pas fondamentalement. Juste lui-même, en un peu plus grand, tout juste une question d’échelle… Et puis, voilà, d’un coup, tout bascule.

On me dira que la plupart des ados connaissent tout de la puberté bien avant les premiers signes avant-coureurs. Oui, c’est vrai, bien plus vrai qu’il y a quelques années. Pourtant, la puberté demeure, il me semble, toujours une surprise, et est vécue comme une sorte de passage à l’acte de la nature sur le corps de l’enfant. « Et voilà, la malédiction s’accomplit. J’étais ça, et je deviens autre. Et si mon corps change, suis-je encore moi-même ? » Ce corps qui change du fait de la puberté va être pourvu de nouveaux pouvoirs, de nouvelles possibilités inconnues de l’enfant. La force physique augmente, la génitalité se développe. De nouveaux désirs, inconnus jusqu’alors, apparaissent. Et devient alors physiquement possible ce qui était auparavant déjà interdit, mais limité de toute façon par une immaturité corporelle : « tu ne tueras pas, tu ne commettras pas l’inceste », deux lois anthropologiques fondamentales. Après la puberté, il n’y a plus que le langage qui vient les soutenir. Les interdits fondateurs. Les tabous. Et l’adolescent paraît bien souvent se demander si ces interdits vont tenir, face aux nouveaux flots pulsionnels qui l’animent.

Ceci s’accompagne d’un autre bouleversement tout aussi important qui est la modification des liens familiaux. Quand je parle de la peur de l’inceste à l’adolescence, je sais bien que certains trouvent que le terme est un peu fort. Mais regardez, autant une mère de famille peut prendre sans malaise son fils de 4 ans dans ses bras pour regarder la télé, et lui donner le bain, autant le même comportement les mettra mal à l’aise à l’âge de 15 ans. La génitalité est présente, dans ce corps sur lequel la puberté a pris pouvoir, qu’ils le veuillent ou non. Et l’on peut d’ailleurs s’interroger sur la tendance actuelle des adolescents à rester longtemps vivre chez les parents du fait de critères économiques, et donc vivre leur sexualité naissante, puis franchement investie, sous le nez de leurs géniteurs.

Devenir adulte, comme disait Winnicott, et je pense que c’est fondamentalement vrai, ne peut se faire que sur le corps mort d’un parent. Je m’explique. Un adolescent est en transition vers un temps où il n’aura plus besoin de ses parents en tant que parents nourriciers. C’est cette fonction parentale nourricière qui doit mourir. L’amour parental envers le tout petit se confond avec les soins donnés au corps, avec le nourrissage, avec le portage psychique. Mais l’amour parental envers un adolescent est de l’ordre d’une présence qui se retire pour qu’autre chose advienne.

Il ne faut pas néanmoins que ceci se fasse trop vite : il faut que le défi de l’adolescence soit rencontré. Car telle est la difficile tâche des parents : résister, ne pas capituler avant d’être détrônés, car se retirer trop vite de la bataille, sans avoir une dernière fois marqué les interdits, serait un abandon angoissant pour l’adolescent qui vivrait alors de manière trop intense sa toute nouvelle puissance, mais ne pourrait pas non plus savourer à sa juste valeur sa toute nouvelle conquête.

Il ne faut alors jamais sous estimer la culpabilité latente des adolescents. Ce n’est pas une culpabilité consciente, ni forcément mortifère. C’est même probablement un des moteurs les plus importants de progrès, et d’attention portée à autrui.

De quoi se sent donc coupable l’adolescent ? Mais de ne plus être le petit qu’il était, d’avoir privé ses parents de ce petit. Coupable donc de cette séparation d’avec les parents, vécue comme meurtre du parent, et là est le terrible dilemme. Car ce parent lui manque terriblement : il pleure l’objet même de son meurtre…

Coupable enfin de cette agressivité nécessaire et constitutionnelle de l’être humain, cette tendance primordiale au prendre et à l’amasser, qui est un moteur de vie, et de survie, et qui permet de prendre sa place dans le monde. Car enfin, est-ce que prendre sa place dans le monde n’est pas la prendre à quelqu’un, voire blesser quelqu’un?

Mais il est aussi coupable de ne pas être l’enfant idéal, de ne pas devenir l’adulte qu’il voulait devenir. Cette désillusion sur lui-même, qui s’accompagne en général d’une désillusion sur le monde qui l’entoure, n’est pas sans appeler une colère, colère face à laquelle le plonge son impuissance à contrôler ce monde, à se contrôler lui-même. Il subit la puberté, subit cette séparation douloureuse avec les parents, avec effroi et colère comme dans un train-fantôme, lancé à trop grande vitesse et dont il ne connaît pas la destination.

La fiction.

Il me semble alors que le cinéma, mais aussi grand nombre d’histoires qu’affectionnent les adolescents viennent s’inscrire dans cette articulation : interdit/ culpabilité, qui touche au sacré, et est structurante autant des sociétés que de l’individu. Cette articulation fondamentale (interdit/culpabilité) vient délimiter deux faces d’une même pièce de monnaie, une face colère-peur dont l’agressivité serait autant un précurseur qu’un avatar, et une face réparation-rédemption et amour. C’est la fameuse piécette de Double-face, alias Harvey Dent, figure emblématique du monde de Batman, dont nous allons reparler… Vais-je faire le bien ou le mal ? Harvey Dent, ce procureur ami de Batman, qui devient fou, ne pouvant plus se fier à sa conscience tire à pile ou face ses meurtres et ses bonnes actions.

GOTHAM: Nicholas D'Agosto as Harvey Dent in the "Harvey Dent" episode of GOTHAM airing Monday, Nov. 17 (8:00-9:00 PM ET/PT) on FOX. ©2014 Fox Broadcasting Co. Cr: Jessica Miglio/FOX

J’ai essayé dans mon livre de montrer comment les histoires d’horreur peuvent être les supports à une mise en symboles d’éprouvés pubertaires et venir soutenir une mise en sens de ce triple remaniement corporel, sexuel et environnemental que doit affronter l’adolescent. Je pense que nombre de films d’actions, dont on peut s’effarer du bodycount, s’intègrent tout à fait dans cette perspective et en particulier les films présents dans cette liste du top 20 hollywoodien.

Chauve-souris.

Et puisque j’ai commencé avec un fait divers impliquant tristement Batman, je vais prendre cet exemple.

Pour commencer, je dirai que j’aime Batman. Je ne suis pas une grande fan des films de Nolan, que je trouve en général un peu trop propres et calibrés, (et là certains tiqueront certainement, mais la violence de ses films ne m’a jamais particulièrement émue) mais j’aime le monde de Batman, et cela depuis que je suis adolescente. Je me souviens très bien d’être entrée avec délice dans ce monde sombre porté par le premier film de Tim Burton. D’avoir ressenti la douloureuse culpabilité du héros, qui n’a pu sauver ses parents assassinés devant ses yeux d’enfant. D’avoir marché avec lui dans la vengeance, vengeance qui progressivement se transforme en don de soi. Et dépassant sa douleur personnelle, Batman devient le protecteur d’une ville, protecteur des faibles et des petits. « Gotham city a besoin de vous, Batman… »

Et le Joker, personnage mythique s’il en est, un de ces méchants de fiction incroyables, qui se lève le matin en se disant : « que vais je faire aujourd’hui pour détruire le monde ?» Pas non plus de revendications religieuses ou politiques pour lui. L’argent ? Un prétexte seulement. Le pouvoir ? Certainement, le pouvoir sur autrui. Oui. Mais surtout le mal, le mal pour le mal, le chaos. L’extermination jusqu’au zéro absolu. Voilà le méchant auquel se serait identifié James Holmes à Aurora. Voilà l’acte inexplicable : le mal pour le mal. La folie ? Les méchants de Batman sont toujours déclarés irresponsables, et finissent à l’asile d’Arkham, non en prison…

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Je vais essayer de vous montrer en quoi, éventuellement car ce n’est bien entendu pas le cas de tous les adolescents, la triple figure de Batman, c’est à dire Bruce Wayne, Batman, et son alter ego négatif, le Joker, peuvent aider l’adolescent à mettre un peu d’ordre dans le chaos de ses représentations internes et mettre en scène la fameuse pièce de monnaie.

Bruce Wayne, tout d’abord, sa véritable identité. La tranche interdit/ culpabilité de notre piécette. Un milliardaire ayant hérité de l’entreprise familiale, Wayne Enterprises, entreprise phare des nouvelles technologies. Mais Bruce Wayne est surtout un orphelin qui a vu ses parents être assassinés. Il n’est d’ailleurs vraiment pas le seul, comme je l’ai souligné, à être orphelin, dans cette liste de 20 films. Cette absence des parents, ces parents morts ou défaillants, ne sont pas sans interpeller l’adolescent qui doit de plus en plus apprendre à vivre sans le soutien parental. Et qui, comme je l’ai dit tout à l’heure, se sent autant abandonné que responsable de cette séparation, nécessaire pourtant à l’entrée dans l’âge adulte. Bruce Wayne est tout d’abord un héritier solitaire (même si les comics lui prêtent un nombre d’enfants biologiques et adoptifs impressionnants), un héritier solitaire vivant dans son immense manoir vide, tout juste materné par Alfred, son majordome, figure parentale ne permettant pas la séparation. Il porte le nom familial Wayne, nom de famille répété jusqu’à l’excès dans ses aventures : Wayne enterprise, Wayne fundation, le manoir Wayne, etc., dans une répétition que je trouve très adolescente, c’est-à-dire dans ce questionnement permanent qu’a l’adolescent d’être ou ne pas être le fils de ce père dont il est entrain de tuer le rôle nourricier. A la manière de ces jeunes qui se font appeler uniquement par leur nom de famille, le nom de leur père, Bruce Wayne paraît tenter d’en éprouver l’identité.

S’inscrire dans un arbre généalogique, telle est la question, et Bruce Wayne, pris dans une histoire familiale dont il ne peut se défaire, pris dans un pacte avec des morts qu’il a juré de venger, échoue d’ailleurs à vivre une histoire d’amour et à être en couple. Ces parents absents peuvent donc être préservés de toute critique ou attaque, ils écrasent leurs fils de cette perfection.

Cette idée de vengeance cache à peine la culpabilité qui dévore en fait notre héros. Culpabilité de vivre, alors que ses parents sont morts, culpabilité d’avoir été impuissant. Culpabilité sans doute aussi de cet héritage grandiose, qui peut être vécu comme un vol des biens des parents, et qui vient rappeler la préoccupation qu’ont beaucoup de nos ados de ne pas vouloir utiliser l’argent provenant de leurs géniteurs, et à surtout ne rien leur devoir. Il est vrai que d’autres paraissent n’avoir aucun scrupule à se servir dans le porte-monnaie parental, voire même à dégrader leurs bien, sans doute toujours dans ce questionnement : mais qu’est ce que je peux te prendre ? et jusqu’où ?

Cette culpabilité tisse le manteau dont se couvre la nuit Bruce Wayne, quand il devient Batman.

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Une chauve-souris, un animal peu aimé, voire un animal qui fait peur. Un animal qui dégoûte, et qui fait se demander quel genre d’estime a Batman de lui-même. Mais Batman vient transcender sa culpabilité et sa colère. Il ne tue pas. Il pourrait, mais il s’impose de ne pas tuer. C’est son interdit. La tranche de sa piécette, qui la fait tomber sur pile. Si son élan vital est de l’ordre de cette agressivité primordiale dont nous parlions, cet interdit vient comme en diriger les flots, et plutôt que de venger ses parents assassinés par la vieille loi du talion « œil pour œil – dent pour dent », Batman accepte de ne pas se substituer à une autre autorité qui est plus grande que lui, la justice de Gotham city. Il devient le justicier d’une ville qui lui donne une place, et qui l’accepte pour ce qu’il est. La place du commissaire Gordon, figure paternelle, est ici cruciale : elle est pour l’adolescent la représentation de la société, société d’adultes responsables, accueillant l’adolescent et lui reconnaissant un rôle et une responsabilité dans un monde toujours à construire. « Batman, Gotham city a besoin de vous. »

On me rétorquera qu’il semblerait que Batman soit souvent le bouc émissaire de cette même société, ce qui est vrai, mais comme dans le film de Nolan, il accepte de porter la responsabilité de meurtres qu’il n’a pas commis pour un bien plus grand que lui. Par amour ? Sacrifier sa vie ou sa réputation, peu importe pour Batman, qui paraît toujours se demander s’il n’est pas réellement coupable de ce dont on l’accuse. Mais le sacrifice, sacrifice parfois sanglant que l’on retrouve dans la plupart des films cités, vient rétablir de manière symbolique la place du sacré, du « à part », du plus grand que soi. Le sacrifice rétablit l’ordre porteur de sens face au chaos destructeur2.

A l’inverse, le Joker, l’ennemi de Batman, son double maléfique, est le chaos, le profanateur. Pas de deuil, chez le Joker, pas de tristesse exprimée (même si on sait qu’il est devenu le Joker après avoir perdu sa femme enceinte, alors qu’il était déjà un criminel). Et pas de culpabilité. Au contraire, un rire figé, des couleurs criardes, et la conviction que le monde n’a pas de sens. Pas de Loi, pour le Joker, mais un comportement mettant toujours à l’épreuve la loi, et en particulier le rapport à la loi de Batman. Comme dans le film de Nolan, où toujours il questionne notre héros : sauver Rachel (la fille qu’il aime), ou le procureur Harvey Dent,(l’espoir de la ville), sauver un ferry de malfrats, ou sauver un ferry de civils… Tue-moi, demande même le Joker, quand Batman le kidnappe enfin. Tentateur toujours. Mais c’est à l’asile qu’il finit toujours, lieu mythologique de la folie, et non pas lieu de la loi comme le serait la prison.

Le Joker représente donc la facette colère, peur, agressivité destructrice, que tout un chacun peut ressentir au plus profond de soi. Il montre de manière exemplaire la folie qui émane de l’absence de prise en compte des limites, mais aussi du deuil et de la culpabilité qui en découle. Il vient réaffirmer les interdits, puisque ce type d’histoire vient dire à l’adolescent : attention, transgression = punition. On retrouve cette mise en garde dans le Top 20 : attention à ne pas transgresser les lois sacrées de Mère Nature, comme dans Jurassic park, Avatar, ou même Titanic, sinon Mère Nature se retournera contre toi. Attention à ne pas passer du côté obscur de la force, à vouloir faire justice soi-même et pas par la sacro-sainte loi des hommes, comme dans Starwars ou Spiderman.

J’espère par cet exemple vous avoir montré qu’on peut penser que l’adolescent, à travers ce type de film, peut expérimenter sur une aire de jeu que j’ai coutume d’appeler la « Terre du milieu », quelque chose qui est tout autant présenté par la culture ambiante que présent dans ses ressentis et dans son vécu interne.

En fait, je pense que la culpabilité est le principal moteur de ces histoires, celui qui touche le plus les adolescents, surtout ceux « en bonne santé » : culpabilité et expiation. L’adolescent cherche une punition juste, lui permettant la réparation. C’est pourquoi on peut réellement considérer la plupart de ces films comme une expérimentation de la Loi. Expérimenter cette Loi, sans avoir à passer par des actes de délinquance, peut aussi être le moyen pour le jeune de vérifier l’existence de ces limites, socialement reconnues à travers la culture, en dehors du cercle familial mis à mal par le processus de séparation.

Nous l’avons vu, l’un des aspects organisateurs de ces histoires est leurs tentatives d’explication du monde, du bien et du mal. Il y a un sens, des valeurs, même s’ils peuvent être grotesquement renversés ou bafoués. Il y a une expiation possible, car il y a interdit, culpabilité et sanction. L’adolescent a besoin de cette quête de sens, il a besoin de cela pour accéder à la réparation, donnant sens à son existence humaine.

Pourquoi tant de haine ?

C’est pour cela que je me pose la question : cette appétence pour l’horreur ou le cinéma d’action violent ne vient elle pas correspondre à un questionnement des limites, de la mort et du sacré, dans un monde où, je l’ai dit tout à l’heure, ces questionnements ne trouvent plus le support que pouvaient leur donner les rituels consacrés, tant religieux que laïcs (je pense ici au service militaire, par exemple, qui pouvait aussi marquer ce passage à l’âge adulte, et qui n’était pas dénué de moments de violence).

Faut il donc interdire ces films ? Je ne pense pas. A l’instar de Stephen King, je pense que ces histoires sanglantes ont toujours existé, et quelle existeront toujours. Je pense aussi que la violence qui existe dans ces films préexiste à ces films.

Il me semble aussi que ces enfants, ces adolescents tueurs, en endossant le costume de monstre, ont tenté eux aussi d’expérimenter cette loi. Cette punition, cette limite. Comme le jeune Carneal, 14 ans, qui au moment où il se rend, s’étonne de ce qu’il a fait, puis s’étonne encore que personne ne le tue. Comme James Holmes, qui avait prévenu sa psychiatre par courrier qu’il allait passer à l’acte, courrier qu’elle n’a reçu qu’une semaine après la tuerie. Mais arrêtez-moi donc… Cette recherche d’un cadre, de quelque chose venant dire stop.

Que certains films « tombent » sur le mauvais sujet, au mauvais moment, on ne peut que le reconnaître. Mais le malaise était déjà présent. Ces films ne sont que notre miroir, et briser le miroir, quand on n’aime pas ce qu’il reflète, ne change rien au problème.

En disant cela, je ne souhaite pas non plus enlever toute responsabilité à ces films. Encore une fois, ces films, ces jeux vidéos, mais aussi la présentation non fictionnelle de la violence dans les médias, ont une responsabilité dans la banalisation de cette violence, et plus encore dans le sentiment d’insécurité ambiant, induisant besoin primaire de protection (tant des adultes que des adolescents), hyper-vigilance parfois source de violence, et excitabilité.

Nous autres, adultes, parents, éducateurs, soignants, nous avons alors une responsabilité ici. C’est celui de repérer ces ados qui traînent leur mal-être et leur solitude. Ne pas fermer les yeux, quand un de ces jeunes garçons ou filles devient le souffre-douleur des autres. Il y a souvent une raison à cela. Celui qui n’arrive pas à parler le même langage est mis à l’écart. Nous n’avons pas non plus à avoir peur de mettre des limites, de dire non, de refuser. Un ado de 16 ans n’a pas à rester tout un WE devant la télé ou devant son ordi ! Et je vois autour de moi des parents inventer de nouvelles règles avec créativité : partir au boulot avec les câbles de la Nintendo, refuser l’ordi ou la télé dans la chambre jusqu’à un certain âge, obliger à partager l’ordinateur avec son frère ou sa sœur, malgré les inévitables conflits.

Si les films ou les jeux vidéos sont les baby-sitters de nos ados, si au moins comme ça, ils ne posent pas de problèmes, alors là, nous avons un problème. Si ces films sont au contraire un moyen d’ouverture sur le monde, un langage, et une mise en mots de ressentis internes, alors ils ouvrent un chemin qui mène aux rêves. Les jeux vidéos, s’ils restent un temps de détente, voire un temps de partage, n’ont rien de diabolique. C’est le repli sur soi, la non communication, l’enfermement dans un monde hermétique qui est source de violence. Il est vraisemblable que les solutions se trouvent là où elles ont toujours été. N’oublions pas que l’immense majorité des ados sont de bons gamins qui font leurs devoirs, s’éclatent avec leurs potes, et dont l’agressivité se limite à claquer la porte en quittant la table. Qu’ont ils de plus que les autres ? Amour ? Communication ? Reconnaissance ? et aussi sans doute ont-ils aussi reçu quelques baffes… métaphoriques (je ne veux pas qu’on pense que j’incite à la violence physique).

Quant à redonner du sens à ce monde ? Vaste programme, qui incombe à chacun… Combattre le nihilisme ambiant, qui a des relents de pensée aseptisée, n’est pas une mince affaire. Comme combattre le pessimisme : qui voudrait donc devenir adulte dans le monde qui se prépare ? Parce que finalement, c’est cela le problème : qui dit à notre ado : « Gotham city a besoin de toi… » ?

Alors oui, je suis persuadée que le cinéma peut aider. Parce que, comme tous les arts, en mettant en scène notre inéluctable mortalité, il mène au rêve et au sacré… Il réaffirme la vie.

1 Traduction de l’auteur.

2 Pour vous donner d’autres exemples dans la liste de 20, je vous citerai Harry Potter, acceptant de donner sa vie pour tuer l’infâme Voldemort, ou Frodon du Seigneur des anneaux pour sauver la Comté et la Terre du milieu. Et Titanic, où Jack donne sa vie pour son amour.


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