Au commencement, le temps. Le commencement n’est pas en dehors du temps. Il est dans l’écartement ekstatique du temps, réserve pour la nostalgie et l’attente.

Il surgit dans la question, élan originel ou saut originaire, que l’homme ne maîtrise pas mais par quoi il peut se laisser assaillir, s’il consent à être le tard-venu.

On entend souvent parler de la grandeur du commencement, comme si tout ce qui découlait de lui était condamné à demeurer petit, voire à le diminuer. La puissance de l’initial doit-elle forcément se perdre et s’épuiser en cours de route ? Sommes-nous trop fascinés par les traces et les déchets qu’il laisse derrière lui. Est-ce parce que nous ne sommes qu’une de ses retombées parmi d’autres?

Serions-nous incapables de commencer quoi que ce soit ? Mais par quoi commencer ? Nous avons raté le commencement. Nous commençons toujours soit par justifier la possibilité de commencer, soit par nous lancer dans l’évidence d’un but. C’est pourquoi, nous sommes si souvent embarqués dans de faux commencements avec lesquels rien ne commence, si ce n’est la certitude de finir par où nous avons commencé.

Mais faut-il commencer par le commencement ? Le commencement peut bien tarder à advenir, surtout pour une pensée pressée d’arriver enfin à lui : il se peut bien en réalité qu’elle soit trop impatiente d’en finir avec lui.

Faut-il dès lors commencer par la fin concrète ? Partir du résultat, du savoir absolu, puis retracer rétrospectivement l’histoire de l’expérience de la conscience ? Autant mettre la fin au début. On finit par n’avoir affaire qu’à du faux mouvement. Une immobilité qui ne crée rien de nouveau.

À moins que la pensée ne retarde délibérément son commencement, et ce faisant, consente à commencer avec un commencement provisoire qu’il s’agira de soumettre à l’exigence d’une répétition sans cesse renouvelée, et de ce fait, toujours incomplète.

Ce ne serait pas dans la récapitulation, mais dans la répétition que la pensée se frayerait un passage depuis ce qui une fois a commencé vers un nouveau commencement. Répéter le commencement, c’est-à-dire reprendre de façon nouvelle l’ancien, lui redonner la vigueur de l’avenir.

 

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