La société ploie sous le poids de l’accusation. Les progressistes l’accusent d’être une vieille dame attachée à de vaines passions. Les conservateurs l’accusent d’être une folle machine qui a perdu toute direction. Ceux qui ne comprennent pas bien les causes de leur mal-être l’accusent comme un ennemi, à tort et à travers, à tort et à raison. Or la société n’est pas hors de nous, nous en sommes. La société, c’est nous. L’accuser, c’est nous accuser nous-mêmes. Nous complaire dans l’accusation, c’est pactiser avec notre propre mal et nous interdire d’en sortir.

Il ne suffit pas de regarder le mal, il ne suffit pas de le décrire, fût-ce avec pertinence. Nous ne renoncerons pas à notre esprit critique, mais nous le mettrons au service de nouveaux commencements. Ils sont déjà en germe, des intuitions sont là, il ne s’agit que d’y être attentif. Accepter d’être un peu perdu, de ne pas connaître la direction globale qu’il s’agit de prendre. Accepter que le futur ne soit pas ce qu’on avait rêvé qu’il serait. Mais croire en la possibilité de commencer à nouveau, refuser d’être enfermé, être prêt à voir et à faire surgir l’inattendu. Gémir peut-être, mais pour un enfantement.

La jeune génération européenne n’est pas déjà livrée à la morosité. Quand bien même elle le serait, elle ne lui est pas définitivement gagnée. Certes, nous ne pouvons que parler avec hésitation, car nous sommes fatigués des promesses fracassantes et des lendemains censés chanter. Nous ne voulons plus plonger tête baissée dans des processus historiques dont nous n’avons pas éprouvé la valeur. C’est pourquoi nous plisserons les yeux, et tâcherons de distinguer le bon du mauvais ; et si nous rencontrions ne fût-ce qu’une petite braise sous un tas de cendres, alors nous nous réjouirions et soufflerions dessus jusqu’à ce que le feu reprenne.

Nous voulons converser, parce qu’on ne pense pas bien seul, et parce que la division de la société en groupes incapables de se comprendre et de se parler nous est douloureuse. Nous converserons donc au-delà des frontières nationales, au-delà des clans politiques, et au-delà des divergences de spiritualités. Nous tâcherons d’être apaisés, lents même s’il le faut, pour ne pas ériger en montagnes nos désaccords, et parce que l’énervement, qui semble de règle dans les débats de société, révèle plus souvent la douleur d’un attachement non éteint que la pertinence d’une pensée qui se saurait juste.

A cet énervement, nous préférerions une patiente attention aux germes d’un renouveau. Ils ne sauraient être faciles à distinguer, car les fruits n’en sont pas encore visibles, et ils ne le seront peut-être jamais. Pour qu’ils le soient un jour, il faudra en avoir été de prudents cultivateurs. Nous voudrions les chercher avec un regard capable de se détacher d’habitudes de penser sclérosées, acceptant l’ambiguïté d’une vision incomplètement sûre d’elle. Nous voudrions être des personnes capables d’espérer malgré les apparences, et qui mettent la main à la pâte. Nous désirons faire partie d’une génération qui commence à nouveau.

 


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4 réponses à “Commencer à nouveau”

  1. merci, je suis enthousiaste à vous lire !
    Être positivement et politiquement concerné par le présent qui nous regarde.
    Voir avec Conscience et discernement. Espérer. Et agir.

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